Lionel Tardy, écrivain Histoires À propos Agenda Blog Boutique

Mode sombre

Avant toute chose, je vous propose de commencer par écouter le trailer de cette adaptation audio. Ainsi, vous aurez une petite idée de ce dont je parle. (Et peut-être une irrésistible envie de l’écouter en entier 😜)

Un après-midi moite à la fin août 2026, je regarde des reels sur Instagram au lieu d’écrire (encore). Au fil de ma procrastination, je tombe sur une séquence à propos de l’IA dans le monde du doublage. J’arrête de dumb scroller car j’ai reconnu la comédienne qui parle: Pascale Chemin, la commandante Shepard dans Mass Effet (série de jeux vidéo sur lesquels j’ai passé des centaines d’heures) ainsi que la voix d’un certain nombre d’héroïnes d’anime japonais.

Au fil de la vidéo, j’apprends qu’elle enregistre des livres audio. Intéressant.

Je me lève, je commence à tourner en rond entre le canapé et mon bureau. Ça serait quand même incroyable que Kanako ait la voix de la commandante Shepard! Un personnage que j’adore et qui m’a inspiré lorsque j’ai imaginé la lieutenante Sawada.

Ouais, ouais, une pointure du doublage francophone pour ton petit bouquin à la noix? Redescends sur terre, mon bonhomme!

Ni une ni deux, je lui envoie un message Instagram. De toute façon, je n’ai rien à perdre, je sais qu’elle ne répondra pas!

Quinze minutes plus tard, notification sur mon écran: Pascale Chemin. WTF?

Elle propose que l’on s’appelle. Je me retrouve donc avec la commandante Shepard Pascale Chemin au bout du fil. Les premières minutes m’ont paru irréalistes, ce n’est pas tous les jours que l’on échange de vive voix avec une héroïne de jeux vidéo.

Pascale a la gentillesse de m’expliquer comment fonctionne la production d’un livre audio pendant une demi-heure. Elle conclut en soulignant que, en tant qu’auteur édité, je ne dispose pas des droits d’adaptation sur mon roman. Ce sera à ma maison de porter le projet.

Ni une ni deux, je contacte mon éditrice et là… c’est le drame: on ne fait pas de livre audio. Quant à récupérer mes droits… ça risque d’être compliqué.

Bon… OK, fin de l’histoire. Je vous laisse imaginer ma gueule d’enterrement à cet instant.

Des bienfaits d’une soirée à un festival littéraire

Une semaine plus tard, je participe au Livre sur les Quais pour présenter À la conquête du chrysanthème. À la soirée d’inauguration officielle, je me retrouve un verre de blanc à la main à picorer des petits fours sur une terrasse au bord du lac quand soudain, au loin, j’aperçois la directrice des Éditions Favre!

Ni une ni deux, je fonce!

— Bonsoir Sophie! Comment vas-tu? Au fait, je voulais te parler d’un projet…

Lundi matin, je reçois par e-mail une lettre qui confirme la restitution des droits d’adaptation en livre audio de Terres Sauvages et À la conquête du Chrysanthème.

Casse ta tirelire!

Tout feu tout flamme, j’annonce à Pascale Chemin que l’ont peut aller de l’avant.

— Super nouvelle, me dit-elle. Mais tu as songé à la production et la diffusion?

Certes, Pascale pourrait en registrer dans sa cuisine, toutefois cela ne correspondrait ni à sa façon de bosser ni à la qualité dont j’ai envie. Une maison de production devra se charger du travail1 ou, à minima, un ingénieur son qui a sa propre entreprise (problème de salarisation des intermittents du spectacle).

Une recherche sur le web me dirige vers le Studio Rosalie qui s’est occupé, entre autres, des Hunger Games ou des romans de Freida McFadden. Rien que ça! Tant qu’à faire les choses bien, je leur demande un devis.

Pour la question de la diffusion2, une camarade du GAHeLiG3 qui a déjà tenté l’expérience (merci Catherine) me recommande d’utiliser la plateforme Author Republic. «Ça fait le job.»

À la mi-septembre, je reçois l’estimation du studio: 6000€.

Oups… Aouch… Put***…

Je ne m’attendais pas à autant, sachant que Pascale avait évoqué un salaire brut d’environ 2000€. Mais si l’on compte les trois jours nécessaires à l’enregistrement, avec une personne chargée de la réalisation, puis le mixage et la création d’un habillage sonore et bien, le prix est tout à fait honnête.

OK, je pourrais passer par une structure plus modeste, mais… non, je suis convaincu par les productions de Rosalie. Et, vous commencez à me connaître, lorsque j’ai un projet en tête, difficile de m’arrêter. Bref… feu-gaz, je valide!

Pascale est ravie de travailler avec ce Studio.

— C’est les meilleurs et ils offrent un cadre idéal.

Perfectionniste un jour, enculeur de mouche toujours

Au moment d’envoyer le livre pour un test de voix, je me rends compte que les termes japonais expliqués en notes de bas de page poseront problème. Et il y en a un sacré nombre! Sans parler des suffixes liés aux grades ou aux rangs sociaux.

Je décide alors de retirer ces suffixes et de substituer la majeure partie des mots japonais. Malheureusement, un simple «rechercher-remplacer» ne suffit pas, une reformulation est presque toujours nécessaire. Et, tant qu’à faire, pourquoi pas améliorer certains passages qui me déplaisent. (Oui oui… le boulet qui se lance dans une réécriture après parution.)

Paris baby!

Entre-temps, les dates d’enregistrement sont fixées. Le jeudi 6 novembre en début d’après-midi, je me retrouve posé dans un TGV à destination de Paris (où je n’ai pas mis les pieds depuis 11 ans).

Ma présence durant cette première session n’était pas obligatoire, mais j’avais envie de découvrir les coulisses et d’entendre mes personnages prendre vie. (Et, en bon fan de Mass Effect, de rencontrer la commandante Shepard!)

Participer à cette journée était très enrichissant. C’est impressionnant de voir la manière dont une comédienne du calibre de Pascale parvient à incarner les personnages, à jouer la surprise ou la colère et, une ligne plus bas, reprendre son ton de narratrice.

Ma présence aura aussi permis de régler quelques détails en termes de direction artistique (intonation de certaines voix, prononciation des mots).

Le soir, dans le TGV qui me ramenait en Suisse, j’avais des étoiles plein les yeux. Et une bonne grosse fatigue! Passer huit heures à suivre un texte sur un écran tout en écoutant quelqu’un d’autre le lire, ça crève.

Les semaines suivantes, Pascale a encore fait deux sessions au studio. Puis l’équipe s’est occupée du montage, du mixage et de l’habillage sonore.

La version finale est arrivée début décembre. Autant dire que j’ai été soufflé par le résultat! C’était exactement ce que j’avais en tête et Pascale Chemin a un sacré talent. Il ne me restait plus qu’à vérifier le tout, créer une couverture (Heu, Sandrine… j’ai besoin d’une image qui fonctionne en format carré… tu pourrais l’adapter?) et entrer les informations sur la plateforme de diffusion.

Le livre est en ligne depuis janvier et les premiers échos sont très positifs. La difficulté est de le faire connaître, de le mettre en avant et là, j’avoue que la tâche s’annonce ardue. Je m’attends plus à creuser un trou dans mon budget qu’à faire fortune! Un rapide calcul m’indique que je devrais écouler entre 750 et 1000 exemplaires pour rentrer dans mes frais. Soit plus que les ventes de la version papier. 🫠 Encore une fois, il semblerait que mon business plan soit tout pourri.

À noter que je l’ai aussi donné à l’association Mona Lire et à la Bibliothèque Sonore Romande afin qu’il soit accessible gratuitement aux personnes mal voyantes ou ayant des problèmes de lecture.

Bon… maintenant vous savez ce qu’il vous reste à faire:

😆 Pour me soutenir: allez acheter cet audiobook! Il est disponible sur la majeure partie des plateformes (Audible, Kobo, Apple Books, Spotify, Audiobooks.com).

Si vous avez envie d’en apprendre plus. (Quoique cette newsletter me semble déjà bien complète.) Vous pouvez écouter l’interview de Pascale Chemin et moi-même dans le podcast Mona Lira ou regarder mon passage dans l’émission Superflux sur la RTS Couleur 3.

Notes

  1. Le studio de production est en charge de l’enregistrement, du montage, du mixage et s’occupe des aspects administratifs (engagement de la comédienne).
  2. Le diffuseur s’occupe de publier le livre sur les différentes plateformes. (Certaines n’acceptent pas les soumissions faites par des particuliers.)
  3. Groupement d’auteurs et d’autrices helvétiques de littérature de genre.

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