C’est la phrase que m’avait lancée Sophie, la directrice des Éditions Favre, le 6 avril 2022, lors du rendez-vous où je signais le contrat d’édition pour Terres sauvages. L’auteur néophyte, et surtout naïf, que j’étais s’était contenté de répondre en haussant les épaules: «pas de soucis, je serai par là». Concrètement, je n’avais aucune idée de ce qu’impliquait la parution d’un livre.
Les mois sont passés, j’ai tranquillement finalisé le roman avec Sylviane, mon éditrice. Elle a évoqué une éventuelle invitation au Livre sur les quais à Morges et quelques dédicaces entre Lausanne et Genève. Mais j’étais surtout concentré sur la préparation du vernissage, je n’avais aucune vision sur ce qui s’ensuivrait.
L’apprentissage à la dure
Une fois le lancement passé, j’ai dû me rendre à l’évidence: si je ne me bougeais pas le c**, personne n’allait s’intéresser à mon travail.
Mode combat enclenché, je me suis donné à fond sur les réseaux sociaux avec la production d’un reel par semaine, des publications sponsorisées, à la fois sur Instagram, TikTok et Facebook. En parallèle, j’ai contacté des dizaines de librairies pour des séances de dédicace, ainsi que des écoles et des gymnases pour des interventions. Sans parler des médias dont j’ai essayé d’attirer l’attention à tort et à travers. Le tout dans la désorganisation la plus complète, mais avec une motivation débordante.
Comme à mon habitude, j’étais dans le «faire», sans avoir pris la peine de me documenter sur les procédés ayant cours dans le milieu. J’ai gaspillé beaucoup d’énergie et commis pas mal d’erreurs: se dissiper sur plusieurs réseaux, créer des contenus avec des processus complexes (vive la post-prod dans After Effects); perdre du temps avec des institutions qui n’accordent aucun crédit à la littérature de genre et relancer sans cesse les gens afin qu’ils me répondent.
J’étais beaucoup trop impatient! Une seule dédicace? À Moutier1? Pas d’articles dans la presse? Et ces chroniques sur Instagram, c’est pour bientôt? On est presque en juin! Tout le monde doit parler de mon œuvre, bordel que diable!
Oui, oui… personne ne te connaît bonhomme. Fais d’abord tes preuves, on causera ensuite.
Bref… je m’excuse envers celles et ceux avec qui je me suis parfois montré un peu fébrile. En relisant quelques e-mails envoyés à l’époque, je réalise que je ne manquais pas de culot. Croyez-moi, ce n’était pas de l’outrecuidance, mais une bonne dose d’ignorance et énormément de naïveté.
Petit à petit, les choses se sont mises en place: l’invitation à Morges est arrivée (j’ai compris maintenant, c’est une chance de participer à ce festival), une interview à la RTS2 (j’avoue, entendre Phillipe Congiusti qui résume mon roman, ça fiche la chair de poule) et une pleine page dans 24 Heures. Puis, des événements à Lausanne et Neuchâtel se sont profilés en septembre.
Les rencontres avec Olivier May (qui m’a pris sous son aile à Morges) puis avec l’équipe du GaHeLig3 m’ont permis d’en apprendre plus sur le fonctionnement du milieu. Merci à toutes celles et ceux que j’ai croisés à Alterfiction en novembre 2023. Vos expériences et vos conseils m’ont énormément apporté. (Ce n’est d’ailleurs peut-être pas pour rien que j’ai rejoint le GaHeLig ;-).
D’autant plus qu’à cette période je m’attelais à la finalisation de À la conquête du chrysanthème pour le présenter à l’édition, tout en commençant le travail sur la suite. En bref… ça n’a pas marché comme je voulais, impossible de poser un synopsis clair pour le troisième tome. Que d’insatisfaction en décembre 2023! J’ai pris conscience que je ne devais plus me dissiper dans la promotion, j’avais besoin de me ménager des espaces de temps pour écrire!
Si je peux donner un tuyau aux auteurs et aux autrices qui souhaitent se lancer dans l’aventure de la publication (en maison ou en autoédition): vous n’êtes pas seuls. Créez-vous un réseau, trouvez des camarades d’écriture, échangez avec eux, documentez-vous. Ne faites pas comme moi, ne restez pas dans votre coin en testant des trucs sans avoir aucune idée du fonctionnement du milieu.
2025: bis repetita?
Pas de risque que les choses se répètent en 2025! J’aborde la sortie du deuxième tome avec sérénité et un petit peu plus d’expérience. Ma stratégie sur les réseaux est rodée (un bon compromis entre le temps passé en ligne et les retours). Quant aux médias, aux librairies et aux festivals, j’ai la chance de maintenant disposer de quelques contacts, d’anticiper beaucoup plus. Surtout j’ai compris que, faire sa place demande de la patience et de la persévérance. J’espère à présent posséder les outils pour avancer avec un peu plus de subtilité.
Cet article est vraiment intéressant ton expérience résonne beaucoup en moi! Mais dis moi tu as vraiment contacté les gymnases? En tout cas merci beaucoup pour ton soutien sur les réseaux! Je finis par me dire que j'ai beaucoup plus de copains écrivains Suisse que français!
Amandine VS, le 2 avril 2025 à 23:08