Lionel Tardy, écrivain Histoires À propos Agenda Blog Boutique

Mode sombre

À la base, je prévoyais d’écrire un article sur le «show don’t tell». Mais, à la suite d’une discussion avec mes camarades du GAHLiG au Salon du livre de Genève, je suis tombé sur le blog de Stéphane Arnier1… Et j’ai constaté que des personnes bien plus compétentes que moi avaient déjà traité la chose en long et en large. Donc, j’aborderai dans cet article un sujet qui m’est familier et qui m’importe énormément: les cartes.

Depuis que je suis tout petit, j’adore créer des cartes. À l’école primaire, je collectionnais les feuillets de la Suisse au 1/25’000. Je voulais devenir topographe et travailler pour Swisstopo!

C’est dans les projets de jeu de rôle que mon intérêt pour la cartographie prendra son envol. D’abord à l’aide d’Illustrator, puis avec des outils plus pointus, j’ai dessiné le Wasteland californien pour Fallout RPG et l’univers d’Oxélie. (Amusez-vous à zoomer en Élgarodie, dans la ville de Gamorine.)

Naturellement, lorsque j’ai débuté la mise en place du monde de Kanako Sawada, j’ai tracé le plan de Shinkyō et imaginé le Japon post-cataclysmique. Et pas juste une bête image au format A4, non, je parle d’une véritable carte interactive: un Google Map du Japon du XXIIe siècle.

Attends? C’est possible de faire ça?

Avec les bons logiciels, un peu de savoir-faire (rappelez-vous, j’ai une formation de développeur web) et une quantité illimitée d’heures à disposition, oui, c’est possible.

J’avais bricolé un premier système à partir d’Open Streep Map pour Oxélie, mais, avec Kanako, je suis passé au degré supérieur.

La difficulté principale, pour créer une carte interactive, est qu’un programme comme Illustrator ne suffit pas, tant la masse d’informations est considérable. (Notre monde pèse 4,5 To dans Open Street Map. Même si je me contente d’esquisser que certaines parties du Japon, ma base de données avoisine déjà les 2 Go). L’autre problème étant qu’Illustrator travaille en pixel et pas en latitude/longitude. Surtout, il n’est pas capable de gérer des échelles allant de la planète entière au niveau d’une rue.

Donc, c’est parti: on sort l’artillerie lourde.

Pour simplifier: j’ai un serveur virtuel d’Open Street Map qui tourne sur mon PC de gaming. Je m’y connecte avec le logiciel JOSM pour placer les éléments, tels que les rivières, les routes, les bâtiments, les limites administratives, les forêts, etc.) En gros, JOSM fonctionne comme Illustrator, en plus moche, avec des coordonnées géographiques à la place des pixels. J’ai démarré avec pour seules données, la forme des continents. Petit à petit, j’ai ajouté les détails spécifiques. Si j’importe certains choses de notre monde (les cours d’eau, principaux axes de transport), la majorité est créée à la main. Après chaque session de travail, j’envoie les modifications sur mon serveur. Pour le moment, ma carte n’est composée que de segments et de tags, visuellement, c’est encore tout crado.

L’étape suivante permettra d’obtenir un rendu qui claque! Les données sont exportées sous la forme de «tuiles» (plusieurs centaines de milliers) afin d’être téléversées sur MapBox, un service qui de gérer le style de la carte. En gros, il s’agit de définir des règles d’affichage pour chaque type d’élément. Une rivière apparaît au niveau de zoom six, elle est bleue. Du niveau six à neuf, son épaisseur est de deux pixels, à partir du niveau dix, on augmente à quatre pixels, etc. Pour celles et ceux qui sont familiers avec le développement web, c’est de la CSS, mais pour les cartes.

MapBox offre aussi la possibilité d’ajouter l’ombrage du relief ou de passer en mode 3D. La classe!

Ouais… enfin, bref… une fois de plus tu perds ton temps au lieu d’écrire!

Pas faux… je n’ose pas calculer le temps que j’y ai consacré. Toutefois, ces cartes font partie intégrante de mon processus créatif. Elles me permettent d’ancrer l’action de mes récits dans la réalité.

La rafle sur le village d’Uchiyama par la bande à Seigen, racontée dans les premières pages de Terres sauvages, se base sur un plan précis du village. Grâce aux contraintes imposées par le relief, les forêts, les cours d’eau, les rizières et l’emplacement des bâtiments, j’ai pu imaginer une stratégie d’attaque et de défense crédible d’un point de vue tactique.

En parallèle de l’écriture du synopsis de l’épisode qui se déroule à Kamikōchi, je me suis occupé de dessiner la carte de la région, un moyen de plonger dans l’ambiance du lieu tout en imaginant de façon cohérente les endroits où se situaient les différentes phases de l’action.

Le plan de Shinkyō, la capitale impériale, s’est avéré particulièrement utile pour la course poursuite entre Kanako et Kōjirō, au chapitre huit de À la conquête du chrysanthème. En écrivant une telle scène, on peut vite être emporté. Pour moi, garder un maximum de réalisme est essentiel. Si la distance entre le pont sur la rivière Haya et la gare d’Itabashi est de 150 mètres, les protagonistes mettent que cinquante-quatre secondes à la parcourir, ce qui impose un cadre temporel. Le passage du train dans les tunnels, la télécabine, les ruelles près de l’université, avec la vue sur le lac Ashi. Tous ces éléments, définis sur la carte, me permettent d’installer une ambiance et de rendre les agissements de mes personnages cohérents.

Dessiner ces cartes est aussi une activité méditative qui stimule mon imagination et aide mon cerveau à plonger dans le monde de Kanako par un chemin différent que celui des mots. Parfois, lorsque l’on bloque sur l’écriture, cette activité m’offre un moyen de me reconnecter à mon univers.

Cool, on peut voir le résultat en live?

Bien sûr. Ça se passe ici maps.kanakosawada.com. La ville de Shinkyō, le village d’Uchiyama et de Kamikōchi sont des zones très détaillées. En maintenant la touche CTRL, vous pouvez basculer la vue en trois dimensions. En bas à droite, vous trouvez un outil de recherche qui vous permettra d’atteindre les lieux référencés. Sinon, la petite icône de livre vous permet d’introduire n’importe quel numéro de page de Terres sauvages ou de À la conquête du chrysanthème et découvrir où se déroule l’action de la page en question. (Oui, il y a toutes les pages du livre).

Notes

  1. Le blog de Stéphane Arnier

En savoir plus

Pour les plus mordus d’entre vous, j’avais publié sur GitHub le code source de mon serveur de 2021: github.com/harkle/kanako-maps. Installez une VM x86 avec Ubuntu, téléchargez le repos, suivez les instructions et c’est parti! (Enfin… si vous avez une petite semaine, au minimum, devant vous 😉

Commentaires (1)

Très intéressant comme toujours 👌
A bientôt à Porren.

Mum, le 20 avril 2026 à 21:21

Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Afin d’éviter le SPAM, les commentaires sont approuvés manuellement. Il ne sont donc pas immédiatement visibles sur la page. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Newsletter

Inscrivez-vous à ma newsletter afin de recevoir les dernières nouvelles sur mes projets et mon actualité.

Haut de page